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Baisse du prix du laitPourquoi une telle révolution dans le secteur laitier ?

La baisse du prix du lait trouve son origine dans la réforme de la PAC. L´Europe cherche à réduire ses aides à l´agriculture pour favoriser d´autres secteurs d´activité.


La filière laitière française est en pleine mutation et ces grands changements vous touchent. Cela se traduit par la baisse du prix du lait et les menaces d´abandon de collecte. Les discours d´assemblée parlent de crise et de marchés difficiles. Des usines se ferment, vous éloignant chaque jour un peu plus du siège de votre coopérative ou de votre laiterie privée. Mais pourquoi l´univers du lait vit-il une telle révolution ? Certains mots maintes fois lus ou entendus résonnent : produits industriels, réforme de la PAC, OMC(1). Ils sont révélateurs de la libéralisation que connaît la filière laitière française et européenne ; une libéralisation qui prend sa source à l´OMC, et à Luxembourg avec la réforme de la PAC.
« La baisse du prix du lait est due à la réforme de la PAC. Cette réforme réduit les mécanismes de soutien du beurre et de la poudre de lait écrémée. Dès lors, le prix du lait ne peut que se dégrader », expose Frédéric Chausson, directeur du Cniel.

Le prix du lait est en effet lié aux produits industriels (beurre vrac, poudres de lait, caséines), car son évolution suit une recommandation nationale qui tient compte de la situation du marché des produits industriels. L´accord sur le prix du lait de 1997 comprenait un index se référant aux cours du beurre et de la poudre. L´accord du 2 septembre 2004 permettait à une entreprise fabriquant beaucoup de produits industriels d´appliquer une baisse de prix supplémentaire.
Un prix du lait très lié aux produits industriels
Enfin, l´accord du 26 janvier dernier a marqué un tournant important. Avec cet accord, le prix du lait devient très dépendant de la valeur ajoutée des produits industriels dégagée par les entreprises, mais aussi de la part de produits industriels que chaque entreprise transforme. Ce changement de mode de calcul a pour conséquence d´accentuer la baisse du prix du lait, en raison de la très mauvaise valorisation des produits industriels.
La dégradation de la valorisation des produits industriels a commencé avant la mise en place de la réforme de la PAC, à cause d´un marché morose et d´excédents importants. « La valorisation des produits industriels est devenue structurellement négative en France depuis fin 2001 », indique Atla, l´Association de la transformation laitière. Et le prix du lait baisse continuellement depuis 2001.
La crise sur les produits industriels a malheureusement déteint sur le reste de la filière. ©D. R.

Les soutiens de la PAC de plus en plus réduits
La réforme de la PAC a considérablement réduit l´efficacité de l´OCM lait (organisation commune de marché) qui soutenait avantageusement le prix des produits industriels. Depuis 2005, les effets de cette réforme commencent à se faire sentir, surtout sur les cours du beurre, mais aussi sur ceux de la poudre grasse. La poudre de lait écrémée se maintient au niveau des prix des années précédentes, grâce à une forte demande mondiale pour la protéine laitière.
A cela s´ajoute une consommation européenne faiblarde, une forte pression sur les prix exercée par la grande distribution et une tendance à la banalisation des produits (marques distributeurs, premiers prix), et enfin un euro trop fort par rapport au dollar qui pénalise les valorisations à l´export.

Certaines entreprises françaises sont en retard
La réforme de la PAC n´explique pas à elle seule la pression à la baisse sur le prix du lait. « On peut dire que la réforme n´aurait pas été trop grave si l´industrie française s´était préparée aux mutations », estime Frédéric Chausson, comme beaucoup d´autres acteurs de la filière. « La laiterie France a trois problèmes. Premièrement, elle fabrique encore trop de poudre et de beurre basiques destinés au marché de masse. Deuxièmement, encore trop d´entreprises sont sur ces marchés. La restructuration est en cours mais certaines entreprises manquent encore d´efficacité industrielle et commerciale. De ce fait, les valeurs ajoutées sont mauvaises voire négatives. Il arrive que des entreprises fassent faillite ou qu´elles abandonnent des zones de collecte. Troisièmement, les entreprises françaises ont des mix-produits (part de produits industriels dans la production totale) très différents. Les différences de valorisation suivant les entreprises entraînent une pression à la baisse sur le prix du lait. »
Pour expliquer ce dernier point, prenons deux entreprises ayant des mix-produits différents et vendant exactement le même produit sur le même marché. Celle qui fabrique plus de produits valorisés aura plus de latitude que l´autre pour faire pression sur le prix de vente de ce produit.
Des excédents de lait mal valorisés
Le problème de valorisation des produits industriels a malheureusement déteint sur toute la filière, à travers deux phénomènes : « l´effet domino » et « le lait flottant ». L´effet domino est une expression qui décrit le phénomène suivant : une entreprise transforme moins de lait en beurre et poudre pour faire plus de produits de grande consommation. Comme la demande européenne n´est pas très dynamique, se faire une place sur le marché passe par une guerre commerciale qui engendre une perte de valorisation. « C´est ainsi que depuis 2004 les prix de vente sortie usine du lait de consommation et de l´emmental ont été entraînés dans une spirale à la baisse en France », précise Atla.
Le « lait flottant » est une expression qui désigne du lait « en trop », « dont personne ne veut », et qui va du coup peser sur le prix du lait. Du lait se retrouve « flottant » quand des contrats de coopératives ou de GIE de collecte ne sont pas renouvelés par leurs clients historiques, quand une laiterie dépose le bilan, ou quand une entreprise réduit son approvisionnement pour se recentrer sur ses débouchés à meilleure valeur ajoutée. L´exemple le plus marquant est l´entreprise Nazart, spécialisée en produits industriels, qui a déposé son bilan en fin d´année 2005 sans qu´aucune entreprise du secteur ne soit disposée à reprendre la collecte de la zone, soit plus de 400 exploitations. L´accord sur le prix du lait du 26 janvier 2006, en accordant des baisses de prix supplémentaires aux entreprises impliquées dans les produits industriels, vise à éviter que ces entreprises ne jettent l´éponge comme dans cet exemple.
Serai-je collecté demain ? Une question qu´on ne se posait pas il y a dix ans ! Le cas de la laiterie Nazart fait froid dans le dos et chacun sait qu´il peut se reproduire. ©P. Forget

Le budget agricole est sous pression
A travers la réforme de la PAC, l´Union européenne a sciemment choisi de faire baisser le prix du lait et des produits industriels. Pourquoi ? La réforme de l´OCM lait a pour objectif le rapprochement des prix communautaires avec ceux du marché mondial, et l´Union européenne compense la baisse des prix européens avec des aides directes au revenu. Faire baisser le prix du lait permet à la Commission européenne de réduire les dépenses liées à la gestion des marchés. La maîtrise des dépenses agricoles est un objectif clairement affiché par l´Union européenne. Pour le lait, si les aides au marché se réduisent fortement, l´aide directe laitière a au contraire augmenté depuis 2004. Au final, le soutien global au secteur laitier a augmenté. Mais cette situation ne durera pas. L´élargissement de l´Union européenne à budget constant entraînera une baisse des dépenses agricoles pour les quinze anciens membres de l´UE.
La Commission européenne estime que « il y aura des restrictions budgétaires pour les quinze anciens membres d´ici 2013, de l´ordre de 6 % ». La pression exercée sur les financements agricoles vient de la volonté de l´Union européenne de financer d´autres projets d´avenir, comme la recherche européenne. La PAC et son financement sont sur la sellette, et « pour la revue à mi-parcours de la réforme, c´est-à-dire en 2008-2009, il y aura des débats sur le financement de la PAC », précise la Commission. L´avenir de la PAC est loin d´être assuré jusqu´en 2013 !

(1) Organisation mondiale du commerce.
 

 

 
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